On était si nombreux à devoir vivre avec des choses qu’on avait faites ou pas faites ce fameux jour. Des choses qui étaient allées de travers, et qui, sur le moment, avaient paru convenir parce qu’on ne connaissait pas l’avenir. Si seulement on avait la possibilité de voir les conséquences sans fin de nos actes, aussi minimes soient-ils ! Mais personne ne peut mieux faire tant que mieux faire est inutile.

Qui es-tu Alaska ? John Green

Ils s’aimaient, éberlués par ce qui les séparait. Leur amour procédait de la fascination des gouffres. Ils s’aimaient à travers une plaine ou, plutôt, d’une rive à l’autre. Au milieu coulait leur vie.

S’abandonner à vivre, Sylvain Tesson

La vie m’a dit « Le bonheur dépend de ton regard, de ce que tu dégages, ceux qui n’ont pas peur du vide ne tombent pas, car la peur attire tout à elle, magnétique, les erreurs se répètent parce qu’on cultive l’amnésie. »

Tout tourne autour du soleil, Keny Arkana

Long temps

Forcément des souvenirs seront difficiles à gérer. Forcément, certaines photos sur lesquelles je tomberai installeront dans ma gorge ce nœud que je connais si bien, celui-là même qui donne l’impression d’être relié directement à tes yeux, prêts à lâcher quelques larmes…En fait, j’ai toujours pensé, mais pas à tort, que le temps faisait tout. On dit qu’il guérit et c’est vrai, mais je ne pensais pas qu’en attendant qu’il opère sa magie, ce putain de temps serait tant difficile à passer.

Les pieds dans le sable

Cette fois-ci, elle a les pieds dans le sable. Elle sent une douce fatigue l’envahir mais elle tient bon. La haut, des nuages. Il a plu toute la nuit. Maintenant, le soleil la réchauffe, à travers l’immense étendue de nuages, comme s’il cherchait à la percer. Elle peste contre sa mère qui, juste à ses côtés, change de maillot de bain, s’entourant de sa serviette, lui balançant du sable au passage. C’est son rituel, elle se baigne tous les jours, puis ressort en disant : « Ah, ça me fait du bien, j’en ai besoin, de cette baignade ».

Temps libre

Le carrelage froid de la cuisine sous mes pieds. Fin septembre. Il fait froid depuis une semaine. Il pleut depuis une semaine. Pour mon plus grand bonheur.
Avoir autant de temps pour soi, c’est magique et terrifiant à la fois. C’est avoir devant soi l’infini des possibles. C’est faire des listes à n’en plus finir. C’est avoir de grands rêves, des ambitions qu’on n’osera à peine penser à réaliser. C’est avoir l’impression qu’on peut enfin faire tout ce qu’on n’avait pas « le temps » de faire. Puis, finalement, c’est faire exactement la même chose que ce qu’on faisait avant. Mais savoir que tout est possible change absolument tout.

Elle avait les yeux noirs desquels on voit du bleu, qu’on prend pour l’océan, dans lesquels on voit Dieu. Qui font toucher du bout des doigts les horizons, et toujours à la fin, on est seul au milieu des vagues de sanglots et du sel dans la gorge, et du sel sur la plaie de ce cœur tatoué. A son nom que l’on crie au fond des verres de vin, à se dire que la vie, oui n’était qu’une putain. Saez.

Ils sont sûrement heureux de la vie qu’ils mènent

La lumière grise du ciel de Paris que je vois par la fenêtre de la boulangerie dans laquelle je me suis installée. La porte qui s’ouvre de temps en temps, laissant entrer le froid de ce début du mois de février. Je suis en jogging-baskets, pas coiffée ni maquillée. Un peu négligée. Les gens passent, ils se succèdent dans la file de la boulangerie. Bonjour, une baguette, la plus cuite que vous avez, s’il vous plaît. Je remarque que les gens sont moins aimables que ce que je pensais. Je me surprends à déprimer un peu pour ces gens qui travaillent un samedi matin, dans cette boulangerie. Cela m’arrive souvent, de regarder de l’extérieur la vie des gens et de me sentir déprimée pour eux. C’est ridicule. Eux sont sûrement heureux de la vie qu’ils mènent.